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Tony Le Duc
at FoMu Antwerpen > watch the movie

A propos Tony

Elviera Velghe
Directrice FoMu Anvers

Son nom sonne comme la promesse d’un mets aristocratique. Le Duc. Un patronyme indissolublement lié à des photos de surprenantes et sublimes combinaisons culinaires. Un photographe qui met l’eau à la bouche. Le Duc comme label de qualité d’un « bon produit », d’un art abouti de la photo­graphie culinaire.

L’œuvre de Le Duc coïncide avec l’intérêt spectaculaire, exponentiel, qui s’est développé depuis un quart de siècle pour la « gastronomie ». Ces vingt-cinq dernières années, l’attention des médias pour la nourriture et la cuisine n’a cessé de croître. La photographie n’y est sans doute pas étrangère. C’est l’éternelle histoire : qui, de l’œuf ou de la poule, est apparu en premier ?

La photographie professionnelle – conçue au départ comme un moyen de visualiser une recette – a-t-elle influencé l’opinion publique ? À moins que l’offre d’un assortiment plus large de produits, l’arrivée de la cuisine du monde, l’aspiration à de délicieux petits plats, bref la nécessité d’accorder une plus grande attention au domaine culinaire n’aient façonné la photographie ? Mais les choses ne s’arrêtent pas là. La food photography a conquis un statut à part entière en transcendant toujours davantage le registre de la simple illustration. L’œuvre de Tony Le Duc prouve que l’on peut apporter une touche ­personnelle à des photos de consommé de crabe, de joues de porc ou de bouillabaisse. En jouant avec la lumière, la couleur, la texture et l’intensité, il crée des compositions qui portent haut sa griffe.

Et c’est bien là que réside son mérite. Il métamorphose le simple jeu publicitaire, qui consiste à frapper et à séduire, en une quête de l’essence du goût et de la texture. Cela mène à des clichés qui ne fixent plus des images reconnaissables mais flirtent avec l’abstraction. Voilà pourquoi Tony Le Duc est un pionnier dans le domaine de la photographie culinaire internationale. Voir le photographe à l’œuvre constitue une vraie révélation. Tout comme un peintre, il emplit son cadre d’une composition bien pensée. Certains grands chefs s’inspirent même de son cadrage. Tout cuisinier sait en effet que l’on mange d’abord avec les yeux. Un chef-d’œuvre esthétique sur l’assiette, c’est la garantie de clients satisfaits.

La disposition des sauces, ingrédients ou garnitures est fondamentale pour une photo réussie. Le Duc connaît d’ailleurs les produits sur le bout des doigts. Il sait comment éclairer au mieux tel ou tel ingrédient. Habile à jouer de la texture et la structure des « matériaux », il sait tirer le meilleur parti de leurs qualités graphiques. Chaque photo résulte d’une longue réflexion, et sa réalisation peut prendre des heures en raison de l’ingéniosité technique que déploie Tony Le Duc. Il est non seulement passé maître dans l’art d’imaginer des compositions originales et contemporaines, mais c’est aussi un photographe d’une grande compétence technique, qui repousse sans cesse les frontières de son média.

L’une des missions du musée de la Photographie d’Anvers consiste à montrer toute la diversité de cet art. La photographie culinaire représente dans cette perspective un exemple d’une brûlante actualité. C’est même l’un des types de photographies qui connaissent le plus large rayonnement. Il exerce un ­impact énorme sur nous tous. Il influence notre regard sur la nourriture, notre idée de la bonne chère ainsi que nos comportements d’achat. Tony Le Duc prouve par ses photos toute la puissance des images à pénétrer nos esprits et à influencer notre style de vie. C’est là une raison suffisante, me semble-t-il, pour consacrer à ce photographe une exposition et un livre. À s’en pourlécher les babines. « Voilà pour vous, Monsieur Le Duc ! »